La cyber-résilience plutôt que la politique de l'autruche 

L'intelligence artificielle (IA) transforme la cybersécurité à double titre. Les entreprises l'utilisent pour optimiser l'efficacité de leurs processus. Dans le même temps, les cybercriminels recourent à l’IA pour préparer et automatiser plus rapidement leurs attaques, et leur donner un aspect plus crédible. Mais alors que la menace liée aux attaques automatisées gagne en complexité, un constat inquiétant se dessine en Suisse : la cybersécurité n’est plus une priorité pour les PME. Il est temps d’abandonner la « politique de l’autruche » et de se préparer à l’inévitable.

La légende de l'espace Claude Nicollier a un jour déclaré à propos de la menace venue de l'espace : « La probabilité d'un impact d'astéroïde est de 100 %. Nous ne savons pas quand, mais nous devons nous y préparer. » Dans le monde numérique d'aujourd'hui, cet « impact » n’est pas un morceau de roche, mais un serveur crypté, un compte vidé de son contenu ou l’arrêt total de la production. La probabilité d’une cyberattaque contre une entreprise suisse est aujourd’hui également proche de 100 %. La question n’est pas de savoir si cela va arriver, mais quand, et si vous êtes prêt lorsque l’astéroïde numérique s’écrasera.

Trop petite pour être la cible d’attaques ? Une erreur dangereuse

C’est un constat inquiétant : selon l’étude récente « Cybersécurité des PME 2025 », ce sujet perd du terrain auprès des PME suisses. Alors que tout le monde parle de ChatGPT et de la prochaine révolution de l’IA, la protection de leur propre infrastructure recule dans la liste des priorités. De nombreuses entreprises reportent les investissements nécessaires au profit de projets à court terme. 

On se berce d’une fausse sécurité. « Nous sommes trop petits », « Il n’y a rien à voler chez nous » ou « Notre réseau est local » sont des phrases que nous entendons souvent chez MTF. Or, c’est précisément cette insouciance qui constitue le plus grand risque pour la sécurité. Aujourd’hui, les cybercriminels n’agissent plus comme des tireurs d’élite qui choisissent une seule cible de grande envergure. Ils utilisent des « filets dérivants » pilotés par l’IA qui scrutent sans relâche Internet à la recherche d’une faille. Une PME dépourvue de stratégie de sécurité à jour n’est pas un petit poisson dans ce filet, mais une proie facile.

Des faits qui donnent à réfléchir 

Les chiffres sont sans appel : seules 42 % des PME suisses se sentent bien protégées contre les cyberattaques – contre 55 % l’année précédente. Plus alarmant encore : pour 28 % des PME, la cybersécurité ne sera plus une priorité en 2025 – soit une hausse par rapport aux 18 % de l’année précédente. Cela survient précisément au moment où la menace liée à l’IA s’aggrave considérablement.

LE RÔLE DE L'IA : QUAND L'ATTAQUANT NE DORT JAMAIS 

L'intégration de l'IA dans la cybercriminalité a radicalement changé la donne. Ce qui relevait autrefois du travail manuel des groupes de hackers est aujourd'hui effectué par des algorithmes en quelques millisecondes.

Recherche automatisée de vulnérabilités

Aujourd’hui, des bots basés sur l’IA analysent le réseau Internet suisse en temps réel. Ils détectent les logiciels de serveur obsolètes, les accès à distance non sécurisés ou les espaces de stockage cloud mal configurés plus rapidement qu’un administrateur humain ne pourrait jamais le faire. Dès qu’une faille est découverte, l’attaque se déroule souvent de manière entièrement automatisée. Cela signifie que même si vous pensez que votre entreprise est « sans intérêt », votre infrastructure devient une cible simplement en raison d’une faille technique.

Hameçonnage 2.0 : la supercherie parfaite

Grâce aux modèles linguistiques à grande échelle (LLM), l’époque des e-mails d’hameçonnage maladroits est révolue. Selon des chiffres récents, 82,6 % de tous les e-mails de phishing sont désormais créés à l’aide de l’IA. Les attaquants génèrent aujourd’hui des messages parfaitement formulés, en allemand (ou même en suisse allemand) sans aucune faute, et parfaitement adaptés au contexte de votre entreprise. Ces e-mails sont pratiquement impossibles à distinguer de véritables demandes commerciales. Le seuil d’hésitation avant de cliquer sur un lien infecté diminue considérablement lorsque le message semble provenir directement d’un fournisseur connu ou de son propre supérieur hiérarchique.

Deepfakes et usurpation d’identité

Nous entrons dans une ère où nous ne pouvons plus nous fier aveuglément à nos sens. Les deepfakes – contenus audio et vidéo manipulés ou générés par l’IA – brouillent si parfaitement la frontière entre réalité et illusion que même les experts ont du mal à faire la différence. Un simple appel téléphonique du directeur général demandant un paiement urgent ou la divulgation de données sensibles semble aujourd’hui tout à fait authentique. Dans le milieu des affaires, c’est surtout ce qu’on appelle le « clonage vocal » qui est extrêmement dangereux : il suffit souvent de quelques secondes d’enregistrement audio provenant de sources publiques, telles que des vidéos YouTube ou des interviews, pour imiter une voix de manière trompeusement réaliste.

Un cas récent survenu dans le canton de Schwyz illustre l’ampleur du phénomène : un entrepreneur a viré plusieurs millions de francs sur un compte asiatique après avoir entendu la voix de son partenaire commercial, clonée à l’aide de l’IA. Schwyz : des criminels s’enrichissent de millions grâce à l’intelligence artificielle - Actualités - SRF
L’évolution statistique de cette technologie est inquiétante, car le nombre de fichiers « deepfake » détectés dans le monde a explosé, passant d’environ 500 000 en 2023 à environ 8 millions en 2025 – soit une hausse de 1 500 %.

LA RÉALITÉ SUISSE : LES CHIFFRES DU BACS 2025 

L'Office fédéral de la cybersécurité (BACS, anciennement NCSC) continue d'enregistrer un nombre élevé de signalements. En 2025, près de 65 000 signalements d'incidents cybernétiques ont été reçus. Cela représente en moyenne 177 signalements par jour, soit un toutes les 8 minutes.

Les escroqueries de type « CEO fraud » atteignent un niveau record
Parmi les délits de fraude signalés par les entreprises, on observe une augmentation marquée des escroqueries de type « CEO fraud » : en 2025, 970 cas ont été signalés — soit une hausse de 35 % par rapport à 2024 (719 cas). Les attaquants recourent de plus en plus à des contenus générés par l’IA et à la manipulation psychologique pour tromper les collaborateurs.

LES PRINCIPAUX DÉFIS DES PME SUISSES 

Selon le BACS, ce sont toujours les mêmes négligences qui ouvrent la porte à toutes sortes de menaces :

  • Absence de mises à jour : 
    De nombreux systèmes fonctionnent avec des logiciels connus pour lesquels des correctifs de sécurité existent depuis longtemps. Une mise à jour non effectuée équivaut à une invitation ouverte.
     
  • Politique de mots de passe insuffisante : 
    Malgré toutes les mises en garde, on utilise encore des mots de passe faibles ou – pire encore — les mêmes identifiants sont utilisés pour plusieurs services. Sans authentification multifactorielle (MFA), un compte utilisateur est aujourd’hui pratiquement sans protection. Selon l’étude sur les PME, seules 53 % des PME suisses ont recours à la MFA — un chiffre critique, car la MFA constitue l’un des remparts les plus efficaces contre l’usurpation d’identité pilotée par l’IA.
     
  • Accès à distance non sécurisés : 
    Le passage rapide au télétravail a laissé derrière lui de nombreuses solutions provisoires. Les connexions de bureau à distance ouvertes sans protection supplémentaire constituent la porte d’entrée la plus fréquente pour les attaques par ransomware en Suisse. En 2025, 104 cas de ransomware ont été signalés – soit une légère augmentation par rapport à l’année précédente.
     
  • L’absence de plan d’urgence
    L’étude montre que seules 30 % des PME disposent d’un plan d’urgence pour assurer la continuité de leurs activités. En cas d’urgence, chaque minute compte. Celles qui n’ont pas défini de responsabilités claires et ne savent pas comment restaurer leurs sauvegardes en cas de crise perdent un temps précieux – et, au final, de l’argent. 73 % des PME concernées ont subi des pertes financières, tandis que 27 % ont perdu des données clients.

LA PRÉVENTION PLUTÔT QUE LA PANIQUE: COMMENT RENFORCER LA RÉSILIENCE DE VOTRE PME 

La bonne nouvelle, c'est que vous n'avez pas besoin de mettre en place votre propre centre d'opérations de sécurité ni de devenir vous-même un expert en IA pour vous protéger. Il s'agit de maîtriser les bases et de mettre en œuvre de manière cohérente des concepts de protection modernes.

Visibilité et contrôle

On ne peut protéger que ce que l’on connaît. Une évaluation professionnelle de la sécurité constitue la première étape. Elle consiste à passer au crible l’ensemble de l’infrastructure informatique : où se trouvent les données sensibles ? Quels appareils sont connectés au réseau ? Où se trouvent les failles ? MTF vous aide à instaurer cette transparence et à établir une liste de priorités pour la sécurisation.

Authentification multifactorielle (MFA) : le gardien numérique

Dans un monde où les mots de passe sont crackés en quelques secondes par des attaques basées sur l’IA ou volés par des techniques de phishing parfaites, la MFA constitue votre principale ligne de défense. Elle garantit qu’un mot de passe volé n’a, à lui seul, aucune valeur. Malgré son efficacité considérable en matière de protection, l’étude sur les PME révèle que seules 53 % des entreprises suisses misent systématiquement sur la MFA – il est donc urgent d’agir pour prévenir efficacement l’usurpation d’identité.

Le facteur humain : le « pare-feu humain »

La technologie seule ne suffira jamais. Les attaques devenant de plus en plus psychologiques (ingénierie sociale), vos collaborateurs doivent être sensibilisés. Des formations régulières et des simulations d’hameçonnage affinent leur perception des dangers. Un scepticisme salutaire vis-à-vis des instructions numériques devrait faire partie intégrante de votre culture d’entreprise. Selon l’étude sur les PME, seules 32 % des entreprises organisent régulièrement des formations à la sécurité. Face aux attaques basées sur l’IA et s’appuyant sur l’ingénierie sociale, c’est souvent l’individu sensibilisé qui constitue la dernière ligne de défense.

Zero Trust : ne pas faire confiance aveuglément

Le concept de sécurité moderne s’appelle « Zero Trust ». Cela signifie qu’aucun appareil ni aucun utilisateur ne bénéficie d’une confiance par défaut simplement parce qu’il se trouve sur le réseau de l’entreprise. Chaque accès doit être vérifié. Cela empêche un attaquant, une fois qu’il a pénétré dans le système, de se propager sans entrave dans l’ensemble du réseau.

Segmentation du réseau : des pare-feu pour vos données

La subdivision de votre réseau en segments isolés fonctionne comme des portes coupe-feu dans un bâtiment : elle empêche les menaces telles que les ransomwares de se propager comme une traînée de poudre dans toute l’entreprise. En cas d’attaque, les dégâts restent limités à un niveau local, tandis que le reste de l’infrastructure reste sécurisé et opérationnel. À l’ère de l’IA, cela est essentiel pour bloquer les attaques automatisées qui tentent de se propager latéralement à travers l’ensemble du système en quelques secondes. 

Services de sécurité gérés : une surveillance professionnelle pour les PME

La réalité dans de nombreuses PME : elles ne disposent ni d’un service de sécurité dédié, ni d’une surveillance 24 h/24 et 7 j/7. Les services de sécurité gérés (MSS) comblent cette lacune. Un prestataire informatique spécialisé se charge de la surveillance continue, utilise la détection des menaces basée sur l’IA et intervient en cas d’urgence. Les PME ont ainsi accès à une expertise en matière de sécurité et à des centres d’opérations de sécurité (SOC) de pointe, qu’elles ne pourraient jamais mettre en place elles-mêmes.

La dernière ligne de défense : les sauvegardes intelligentes

Lorsque tout le reste échoue, votre sauvegarde est votre assurance-vie. Mais attention : les ransomwares modernes recherchent spécifiquement les sauvegardes afin de les chiffrer elles aussi. Une stratégie moderne repose sur des sauvegardes immuables (Immutable Backups), qui ne peuvent pas être manipulées, même en cas d’attaque réussie contre le réseau.

MTF : votre partenaire pour UNE CYBERSÉCURITÉ GLOBALE 

La menace que représente l’IA est bien réelle, mais elle n’est pas une raison pour baisser les bras. La comparaison avec l’« astéroïde » numérique montre avant tout une chose : il est possible et nécessaire de s’y préparer. Le temps des excuses est révolu. Dans une économie interconnectée, la cybersécurité n’est plus une simple discipline informatique, mais une condition préalable à la stabilité et à la croissance des entreprises. En suivant les recommandations éprouvées du BACS, en mettant en place des processus clairs et en s’appuyant sur des partenaires fiables, il est possible d’agir avec assurance et en toute sécurité, même à l’ère de l’IA.

Chez MTF, nous aidons les PME suisses à combler le fossé entre l’innovation technologique et la sécurité indispensable. De l’analyse des risques au plan d’urgence, nous veillons à ce que vous soyez préparés en cas d’incident.

Construisons ensemble votre bouclier de protection numérique : commencez par un cyber-bilan sans engagement pour votre entreprise.

FAQ 

  1. Pourquoi les PME suisses intéressent-elles les cybercriminels ?
    Les cybercriminels ne s'en prennent plus depuis longtemps uniquement aux grandes entreprises. Les attaques modernes sont en grande partie automatisées. Des outils basés sur l’IA scrutent en permanence Internet à la recherche de failles, quelle que soit la taille de l’entreprise ou son secteur d’activité. De plus, les PME disposent souvent de ressources limitées en matière de sécurité et sont donc fréquemment considérées comme des cibles faciles. Pour les pirates, ce n’est pas la taille d’une entreprise qui compte, mais la facilité avec laquelle une attaque peut être menée à bien.
     
  2. Comment reconnaître aujourd’hui un e-mail de hameçonnage alors que l’IA le rédige à la perfection ?
    Les fautes d’orthographe ne constituent plus aujourd’hui un indice fiable. Vérifiez plutôt toujours le contexte : la demande est-elle inhabituelle ? Le message crée-t-il une pression artificielle pour vous faire agir rapidement ? Vous demande-t-on de divulguer des données confidentielles, de cliquer sur un lien ou d’autoriser un paiement ? En cas de doute, les demandes inhabituelles doivent toujours être vérifiées via un deuxième canal de communication, par exemple en rappelant un numéro connu.
     
  3. Que sont les services de sécurité gérés (Managed Security Services) – et sont-ils intéressants pour une PME ?
    Les services de sécurité gérés (MSS) sont des prestations de sécurité externalisées dans le cadre desquelles un partenaire spécialisé prend en charge la surveillance et l’exploitation des solutions de sécurité. Cela comprend, par exemple, la surveillance continue des systèmes, la détection des menaces, la gestion des incidents ou les services du centre d’opérations de sécurité (SOC). Cette approche est particulièrement intéressante pour les PME, car la mise en place de services de sécurité internes et d’une surveillance 24 h/24 et 7 j/7 n’est souvent pas viable d’un point de vue économique.
     
  4. Nous disposons d’une sauvegarde – cela ne suffit-il pas comme protection ?
    Une sauvegarde est importante, mais elle ne constitue pas une protection complète. Les ransomwares modernes recherchent spécifiquement les systèmes de sauvegarde et tentent de les chiffrer ou de les supprimer également. La configuration de votre sauvegarde est donc déterminante : les sauvegardes immuables, appelées « immutable backups », ne peuvent pas être manipulées, même en cas d’attaque réussie contre le réseau. Il est tout aussi important de procéder régulièrement à des tests de restauration. Ce n’est que si la restauration fonctionne en cas d’urgence que la sauvegarde est véritablement fiable. L’étude sur les PME montre que seules 30 % des PME suisses disposent d’un plan d’urgence testé.
     
  5. Par où commencer si je ne sais pas dans quelle mesure mon entreprise est protégée ?
    La première étape consiste à dresser un état des lieux structuré. Une évaluation de la sécurité apporte de la transparence sur l’environnement informatique existant, identifie les vulnérabilités et met en évidence les risques à traiter en priorité. Sur cette base, il est possible de définir des mesures concrètes et de réaliser des investissements de manière ciblée là où ils auront le plus d’impact.
     
  6. Quelles mesures de sécurité les PME suisses devraient-elles mettre en œuvre en priorité ?
    Parmi les principes fondamentaux les plus importants figurent l’installation systématique des mises à jour de sécurité, la mise en place de l’authentification multifactorielle (MFA), les sauvegardes régulières des données, la sécurisation des accès à distance ainsi que la sensibilisation des collaborateurs. Il est tout aussi important de disposer de procédures d’urgence clairement définies et de procédures de restauration régulièrement testées, afin que l’entreprise reste opérationnelle même en cas d’urgence.

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Tobias Menzi
Geschäftsleiter Region Liechtenstein, St. Gallen & Chur